05.09.2006

Affronter dans la joie

Synthèse d'un article de Paul Zveguinzoff. Président de l’association Agir pour sa Santé
AGIR POUR SA SANTE http://agirpoursasante.free.fr/

La neuro-psycho-immunologie a pour objet de montrer les liens unissant la psychologie, la neurologie, l'immunologie et l'endocrinologie.

Le stress chronique altère la santé. Les cellules font partie des lymphocytes, sous groupe des leucocytes (globules blancs), qui participent à la défense naturelle de notre organisme contre les attaques externes (microbes, virus, bactéries, etc.) et internes (cellules dysfonctionnelles, cancéreuses, etc).

Par ailleurs, l'activité de ces cellules est corrélée avec l'indice de Karnofsky, témoignant de l'état de santé général de l'individu et de sa survie.

De même, la qualité du soutien émotionnel apparaît l'élément le plus prédictif de l'activité de ces cellules.
Le rôle de l'entourage familial, social, médical, etc. semble se répercuter assez directement sur les fonctions du système immunitaire.
En 1987, l'équipe de Kiecolt-Glaser a montré que les capacités immunitaires des femmes seules ainsi que leur pourcentage de cellules NK s'avèrent inférieurs à celui des femmes vivant en couple. Les femmes séparées depuis moins d'un an montrent également un pourcentage plus faible de cellules T4, les cellules hôtes du V.I.H. Des résultats comparables ont été observés sur une population masculine.



On constate chez des personnes très fortement déprimées une plus faible réparation de l'ADN irradié que chez les personnes moins déprimées. Des conclusions identiques apparaissent lorsque les résultats de ce dernier groupe sont comparés à ceux de personnes non déprimées. Cette étude suggère que le stress émotionnel peut contribuer à un développement cellulaire anormal ou à une réduction de certaines défenses immunitaires.
Un stress plus anodin comme celui suscité par un examen altère certains facteurs de l’immunité chez des étudiants en bonne santé. Une nette diminution du pourcentage des lymphocytes T est observée. Ce stress, appelé "académique", diminue par ailleurs le pourcentage des cellules NK et semble augmenter le risque de la mononucléose infectieuse.
Ces résultats sont en partie corroborés par une autre étude : Dorian (1986) observe chez les sujets très stressés le faible taux de cellules NK et d'interleukine 2. Cette mollécule est définie comme un "médiateur soluble jouant un rôle central dans les phénomènes de coopération cellulaire entre les différentes cellules du système immunitaire."


L'équipe de Glaser a réalisé à ce sujet une étude randomisée sur des personnes soignant l’un de leurs parents atteint de la maladie d’Alzheimer. Par référence à un groupe témoin, ces personnes montrent un pourcentage inférieur de cellules T et notamment de T4. 
Glaser observe que plus ces personnes sont proches du malade et plus le pourcentage des cellules NK s'avère bas. 
Dans le cadre de cette étude, des groupes de soutien sont proposés à une partie de ces soignants.
Dans ces groupes, chacun est invité à exprimer ses émotions et faire l’apprentissage de techniques de relaxation.
Les personnes qui y participent révèlent une nette augmentation de ces cellules NK par rapport aux autres.
Dans une autre étude, les Glaser ont également mesuré les effets de la pratique de la relaxation associée à des émotions positives sur un groupe de personnes assez âgées. Ils observent qu'une pratique de trois séances par semaine diminue l'intensité des symptômes liés au stress. Par voie de conséquence, ils constatent une augmentation significative de l'activité des cellules T et NK. Ces résultats s’accompagnent par ailleurs d’une diminution du taux des anticorps contre l'herpès simplex virus (HSV).



En 1988, l'équipe du docteur Gruber propose à des personnes atteintes de cancer de visualiser le combat qui oppose les forces du système immunitaire à leur maladie. Grâce à cette pratique, les personnes ayant participé à cette étude montrent une augmentation de leur résolution à vaincre la maladie. Ces exercices augmentent par ailleurs la formation des lymphocytes, la production d'anticorps et de cellules d'interleukine-2 dont le rôle est de stimuler l'activité des cellules NK et T.

Norman Cousins, un journaliste américain s’est passionné pour la psycho-neuro-immunologie. Il a réussi à guérir d’une terrible maladie chronique et dégénérative : la spondylarthrite ankylosante. C’est grâce à sa volonté de guérir qu’il affirme être sorti victorieux de son combat contre la maladie. Il avait en effet entrepris d’utiliser tous les moyens efficaces pour s’en sortir.
"Je me demandai tout naturellement si le contraire de la dépression - l'anticipation d'un événement joyeux par exemple - pouvait accroître effectivement le nombre de cellules immunitaires.
On me fit deux prises de sang. Le premier prélèvement servit de référence.
Le deuxième fut effectué cinq minutes plus tard. Pendant l'intervalle, j'essayai de me mettre dans une humeur joyeuse, et de ressentir un bien-être émotionnel. (...) L'avantage de cet intervalle de cinq minutes était que, si des modifications survenaient effectivement, le rapport de cause à effet serait établi. (...) En cinq minutes seulement, l'augmentation moyenne des différents constituants de mon système immunitaire avait été de 53 % en moyenne - depuis 30 %, chiffre le plus bas dans la proportion du précurseur des cellules NK, jusqu'à une augmentation de 200 % des cellules T imprégnées d'anticorps."
 
Norman Cousins a par la suite participé à une étude randomisée avec un remarquable psychiatre, le docteur Fawzy (1990). Cette étude porte sur les effets de la thérapie de groupe sur la biologie : 68 personnes atteintes de cancers sont réparties en deux groupes, témoin et expérimental. Les personnes du groupe expérimental bénéficient de 6 séances d'apprentissage de la relaxation et de techniques de gestion du stress, parallèlement à leur traitement médical.
Au bout de 6 mois, par référence au groupe témoin, suivi uniquement par les médecins, s’observe, chez les personnes qui pratiquent ces techniques, l'augmentation de la vigueur et la diminution de l'anxiété, la dépression, la confusion et la fatigue.
Ces résultats sont corrélés positivement avec l'augmentation des cellules NK et des macrophages ( les « grosses mangeuses » du système immunitaire).
En 1993, six ans après le début de cette étude, l’auteur publie les résultats qu'il observe sur le taux de rechute et de mortalité.
Le groupe pratiquant des techniques de gestion du stress connaît presque deux fois moins de rechute et trois fois moins de mortalité.

Beaucoup d'autres chercheurs et psychothérapeutes ont corrélé la pratique de ces techniques avec une augmentation de la qualité de vie et de la durée de survie de personnes atteintes de cancers, voire avec des rémissions spontanées.
 
Dans quelle mesure les émotions positives ou négatives, suggérées dans un état de conscience modifié, peuvent-elles moduler le nombre de cellules NK ? 
En effet, la suggestion, qu'elle soit positive ou négative, peut entraîner, en fonction des capacités et de l'adhésion de la personne, la création d'une prophétie auto-réalisante.
En fonction de l'histoire de l'individu, elle peut donner naissance à des scénarios diamétralement opposés : "Je suis fichu." "Je vais m'en tirer." Cette prophétie sera bien sûr modulée par la relation nouée avec le système de croyance alimenté par les autosuggestions.
Or, l'autosuggestion de souvenirs douloureux, associés à des émotions négatives, peut entraîner un état dépressif important dont les répercussions peuvent exercer un effet significatif sur les cellules NK.

Quels sont les points de convergences qui unissent des pratiques aussi différentes a priori que la prière, la méditation, le yoga, le Taï Chi, le Chi-Gong, les méditations tantriques, bouddhiques ou zen. l'hypnose, la gestion du stress, la relaxation, le training autogène, la sophrologie, le bio-feed-back, l'autosuggestion, la visualisation, l'expansion de conscience, etc ?
Chaque année en France, l'église catholique réunit un comité de spécialistes chargés de statuer sur le caractère miraculeux de rémissions observées entre autre à Lourdes.
Ces rémissions spontanées s'observent parfois lorsqu'une personne, de quelque confession qu'elle soit, s'investit et s’absorbe intensément dans la prière. 
On le sait intuitivement, l'espoir fait vivre et la foi soulève des montagnes. Spontanément, les rémissions ne sont pas le fruit du hasard.
Il est vrai qu'un simple placebo peut entraîner une rémission spontanée d'un lymphosarcome très avancé comme l'a montré la publication du Docteur Klopfer.


C'est que se crée un "état de conscience modifié". 
L’état de conscience influe sur les systèmes : 1°) Nerveux central (le cerveau). 2°) Immunitaire 3°) Endocrinien.

Grâce à ces techniques, l'individu se "débranche" des stimulations du monde extérieur et se centre sur lui-même. Cette modification de l'état de conscience introduit un mode de fonctionnement cérébral différent.
Face à un stress, l'individu peut chercher à contrôler la situation en l'analysant "objectivement" de façon rationnelle afin d'élaborer un ensemble de solutions. Cette démarche est liée au mode de fonctionnement de l'hémisphère gauche qui est notamment spécialisé dans le traitement de la parole.

A l'inverse, l'hémisphère droit est impliqué dans les processus d'imagerie mentale. L'émotion y est prédominante au même titre que la créativité. Certains chercheurs estiment que l'état de conscience modifié permet à l'hémisphère créatif de découvrir des solutions nouvelles et jusqu'alors non envisagées.
Cette conception tend à expliquer que l'état de conscience modifié permette de bénéficier d'une meilleure adaptation au stress d'où une logique rétroaction au niveau du système immunitaire.

Un certain nombre de recherches expérimentales montre que les techniques de gestion du stress mettent en action le système parasympathique. Celui-ci correspond à un état de vagotonie dont l'action bénéfique se ressent sur les systèmes immunitaire, endocrinien, et, de façon générale physiologique.
A l'inverse, le stress active le fonctionnement du système sympathique, ce qui, dans le cas d'un stress chronique, peut avoir comme nous l'avons vu des conséquences dommageables sur la santé.
 
Un autre ingrédient de ce processus thérapeutique semble résider dans la dimension d'espoir d'améliorer sa condition de vie et de participer à sa santé.
Déjà en 1950, des psychologues ont mis en évidence le fait que 70 à 80 % des personnes consultant en médecine générale connaissent une attitude psychologique spécifique avant de tomber malade. Cette attitude, baptisée "abandonnant-abandonnée" se caractérise par un sentiment d'impuissance et de désespoir, une image dépréciée d'eux-mêmes et l'envie de tout abandonner.

Sandra Lévy, psychiatre américain spécialiste du cancer, a montré qu'une attitude de joie s'avère encore plus importante que la combativité.
Une autre étude montre que l'évitement produit une diminution des catécholamines, notamment l'adrénaline, ainsi qu'une diminution des cellules NK, alors qu'une attitude d'affrontement permet d'observer le résultat inverse.

Nous sommes soumis chaque jour à une collection de stress variés. Notre façon de nous y adapter est déterminante. Se relaxer, rentrer à l’intérieur de soi, en prenant de la distance, du recul, par rapport à ses difficultés, permet de mieux percevoir le contexte de la situation et les alternatives qui y sont contenues.
Il est bon d’apprendre à installer en soi un état de relaxation. Il génère des émotions positives et une confiance nouvelle pour trouver une solution adaptée à chaque situation.
 
Il serait grand temps que ces approches se développent dans les hôpitaux français, notre pays étant détenteur du record du monde de la consommation de tranquillisants et d'antidépresseurs.
 

Commentaires

Alors cette note là, je l'imprime si tu le permets et je me plonge dedans. On a parlé de ça en cours (de formation aide soignant) hier... Le rapport entre l'etat moral et notre etat de santé. Que justement ça commençait à etre pris en compte pour les patients... Je suis passé par une phase depressive il y a trois ans ou je me sentais malade pour un oui ou non. Depuis la fin de cette depression il y a deux ans et demi, à part un ou deux petits virus d'une desolante banalite, bin je tiens la forme... Tout est lié dans notre corps. Le psychique et le physique.

Ah oui vraiment je l'imprime et je me la mets de cote cette note parce qu'elle mérite d'être disséquée... Merciiiiiiiiii

Ecrit par : Arno Du Saint Kant | 05.09.2006

'l'espoir fait vivre', et l'espoir partagé apporte la joie qui fait la vie belle. merci pour ces explications, Dominique. bonne vie à toi!

Ecrit par : kintana | 06.09.2006

Arno, je crois que tout le monde sait cela "intellectuellement", mais qu'il faut une profonde connaissance de soi pour en saisir toutes les subtilités et les implications ... et j'en découvre encore tous les jours en ce moment.

L'intérêt de cet article est de donner un étayage "scientifique" à ce que nous sentons tous.

Tu seras vraiment à ta place dans l'accompagnement médical.

Bisous

Ecrit par : dominique | 06.09.2006

Kintana,je te souhaite à toi aussi une très belle vie :-)

Ecrit par : dominique | 06.09.2006

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