29.06.2006

Effort, action, plaisir

Je n'ai pas été éduquée dans le culte de l'effort, bien que le courage m'ait été appris par l'exemple.
Mon père m'a montré comment laisser librement jouer ma capacité à surmonter les obstacles calmement, patiemment et activement. Il m'a toujours fait confiance.

J'ai compris très tôt que l'effort ne s'oppose pas au plaisir. J'ai multiplié les apprentissages stimulants, les expériences heureuses, les problèmes résolus, et en général l'adversité ne me fait pas peur.
Ma confiance s'est au contraire renforcée à chaque réussite, à chaque remontée après une chute, à chaque relation positive que j'ai pu développer.

Quand j'étais psychologue, le cycle de la Gestalt m'a semblé évident : pré-contact (reconnaissance du besoin), prise de contact (préparation à l'action), plein-contact (action), post-contact (conscience de la satisfaction)

L'action est le meilleur anti-stress que je connaisse. Elle m'a sauvée à de nombreuses reprises.

Armen Tarpinian explique très bien que "le dit ou le non-dit culturel demeure pour le moins insidieux, qui se vit comme l'obligation d'être le meilleur ou la honte d'être le dernier (dans l'estime des parents et du milieu).
C'est là une cause dominante de la paresse qui n'est jamais qu'un détournement d'énergies mal soutenues psychologiquement et/ou mal stimulées pédagogiquement.
Outre la revendication légitime de l'activité biologique de base que constitue le jeu, quand celui-ci est trop réprimé, la paresse - du moins dans ses formes prégnantes - est l'effet d'une activité intellectuelle présentée et intériorisée sur le mode obsessionnel de la Réussite et sur le mode phobique de l'Exclusion, sous la double pression de l'admiration et de l'inculpation.
(...) La tendance à se convulser vers l'effort comme la tendance inverse à l'aboulie ressortissent, pour une bonne part, d'attitudes éducatives si courantes qu'elles paraissent normales. En fait, à mesure qu'il grandit l'enfant se trouve exposé à un quintuple forcing (compliqué de sous-forcing que, pour simplifier, nous ne détaillerons pas). C'est, dans l'ordre, le forcing de la nourriture, le forcing de la propreté et plus tard de l'ordre, puis, souvent très tôt, le forcing de la « nourriture » scolaire. Le tout couronné par le forcing de la conduite exemplaire. Il y a là un dérapage pernicieux de l'éducation, qui implique le respect de l'enfant, vers le dressage, qui vise sa soumission au nom des « meilleurs » principes...

(...) L'équilibre entre le plaisir et l'effort repose sur la loi qui régit la dualité du désir. Désir qui, naturellement, exige - pour être vécu en sentiment de satisfaction - combativité et patience, réalisation et rétention.

Les impositions excessives des parents perturbent l'aptitude naturelle de l'enfant à la patience, tout comme les attitudes trop permissives en entravent le développement. L'éducation doit guider l'enfant entre ces deux exigences naturelles de rétention et de réalisation. Bien pondérées, celles-ci ne lui apparaîtront pas comme des caprices de parents, tenant son obéissance pour un dû absolu, mais comme des exigences appropriées à ses besoins. Ainsi se pondèrera sa propre tendance à réagir par des caprices.

De la maturation de cette double fonction - réaliser, patienter - dépend l'efficience vitale de l'être humain, sa joie de bien fonctionner, ancrée dans les deux forces que constituent « la capacité de changer le changeable et d'accepter l'inchangeable »."

J'ai eu beaucoup de chance que cette conception des choses ait été celle de mon père ...

Thibault vient de passer son bac français avec un stress minimum et en travaillant à son rythme et à sa manière. Jusqu'à présent, cela lui réussit très bien. Je lui fais confiance ... Puisse-t-il intégrer l'essentiel !

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